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Il y a des jours du souvenir. On pense au disparu. Je pense à lui, et j'écris dans l'album fait exprès pour lui, avec sa photo, il nous paraît jeune maintenant, pour nous maintenant c'est un jeune, parce que nous vieillissons, et lui non. Sa photo de nonchalance, son pull noir comme un prémisse, son regard déjà lointain, il avait l'âge du Christ, c'était un ami. C'est toujours en avril, c'est ainsi, c'est le jour de l'effondrement qu'il a choisi, le jour de toutes choses disparues, et de la pulsion de vie conséquemment, et c'est bien car il fait toujours beau. Je pense à lui, j'ai écrit, je ris, je parle, je bois, pas trop, puis je pars. Je conduis. Je pars dans ces rêveries que l'on a lorsqu'on conduit, et que signifient-elles ces rêveries, comme un choc ontologique ? Je pense aux autres disparus, aux disparus de ma vie, même si eux ne sont pas morts. Tous ceux que j'ai perdus, que j'ai aimés d'une façon ou d'une autre et que je ne reverrai certainement jamais. Ce sont tous des hommes. En tout cas plus jamais je ne leur parlerai, ou leur écrirai, ou ne serai proche d'eux. En conduisant, je pense à eux par bribes comme filaments filants, croyant que je rêvasse simplement, sans faire le lien avec ma journée. Je pense à ces disparus comme à des morts, sans faire le lien. La différence : eux vieillissent dans mon esprit. Le temps les emporte mieux que les morts.

aux disparus